Proposition de corrigé
Introduction
La question de la formation citoyenne a pris ces dernières années une ampleur sans précédent dans le système éducatif. Les divers attentats commis par des jeunes adultes ayant fréquenté les bancs de l'école française ont mis en lumière une forme d'incapacité de cette dernière à lutter contre l'obscurantisme et le communautarisme. Les valeurs de l'École se trouvent mises en compétition avec des valeurs religieuses, sociales ou communautaires qui contreviennent à la mise en place d'un monde commun, d'un vivre ensemble apaisé qui embrasse et fédère les différences de pensées individuelles. Plus que jamais, l'objectif de l'École doit être de rassembler autour de valeurs capables de transcender et inclure les valeurs particulières, de façon à constituer une communauté politique. L'École est ainsi conçue comme une communauté préparatoire à la vie en société. Sa mission de former des citoyens libres et éclairés prend dès lors tout son sens. L'éducation aux valeurs de la République constitue donc un enjeu crucial, car elle permet de faire société et de faire comprendre qu'en appartenant au corps politique, on appartient en tant que citoyen mais aussi en tant qu'être humain à une société dont les membres, en vertu de ses valeurs, peuvent vivre ensemble au bénéfice de leurs différences. En définitive, il ne s'agit pas de prendre les différences entre individus pour ce qu'elles sont intrinsèquement, mais pour en dégager les points communs. Ainsi, le travail d'équipe de la communauté éducative constitue un moyen de montrer comment les différences s'unissent en un objectif commun.
Dès lors, dans la mesure où l'École se fixe pour objectif de former des citoyens raisonnables et éclairés, comment parvient-elle grâce à l'action collective des membres de la communauté éducative à faire réussir les élèves sur le plan scolaire en s'assurant de la transmission de valeurs communes épanouissantes ?
Dans une première partie, nous verrons comment l'École républicaine s'est construite avec l'objectif politique et philosophique de transmettre des connaissances et des valeurs communes pour construire une République démocratique. Puis dans une seconde partie, nous montrerons comment cet objectif universaliste est remis en cause par l'évolution sociale et politique. Enfin, nous montrerons comment l'École tente aujourd'hui de maintenir un cap universaliste tout en prenant en compte les spécificités individuelles, afin de faire acquérir aux élèves des valeurs communes.
I. L'École au cœur du développement de l'universalisme républicain
Dès le xviiie siècle, l'idée que la raison doit guider l'homme et être le garant de valeurs universelles est exprimée dans des projets d'éducation. Si le projet de Rousseau dans l'Émile (1762) est d'élever à la raison un élève unique, il n'en demeure pas moins vrai que le philosophe porte un projet de société plus large, dans lequel la perfectibilité de l'homme serait mise à l'honneur dans le respect moral de la personne. Pour faire société, l'homme doit développer toutes ses potentialités morales. Le projet de Rousseau consiste à affirmer que c'est par l'éducation que l'on peut transformer la société. Il s'agit d'éveiller très tôt chez l'enfant le sentiment moral, qui permet une vie harmonieuse dans une société où tous partagent les mêmes valeurs. De façon quasi concomitante à Rousseau, Condorcet publie ses Cinq Mémoires sur l'instruction publique (1791). Dans cet ouvrage, Condorcet développe l'idée que l'instruction ne s'adresse pas à un seul élève, mais doit au contraire relever d'une volonté politique collective d'offrir à tous les rudiments de connaissances nécessaires pour appréhender le monde grâce à la raison. Il s'agit donc de créer une unité dans l'instruction des enfants, afin que ceux-ci développent des connaissances et des valeurs communes. Pourtant, la République est alors neuve et peine à trouver sa place dans le système politique et sociétal français, encore marqué par la monarchie et un système social organisé autour d'ordres dont la porosité demeure mal acceptée. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen constitue cependant un objectif qui fixe des valeurs à atteindre et à partager universellement. Mais il faut pour cela que le peuple s'en saisisse, et à compter du milieu du xixe siècle, les lois concernant l'École vont se succéder.
Il aura donc fallu attendre près d'un siècle avant que la République s'installe durablement, non sans mal, et que soient promulguées les lois Ferry entre 1881 et 1886, qui instaurent un système scolaire primaire jusqu'à 13 ans pour tous les enfants, gratuit, laïque et obligatoire. On voit alors ici apparaître l'intrication entre système politique et système éducatif. Il faut une République démocratique pour qu'un système d'éducation s'autorise et soit autorisé à prendre en charge tous les enfants d'une même classe d'âge pour leur transmettre des valeurs communes. Alors que les Églises se chargeaient de transmettre les valeurs communes à leur religion, il s'agit pour la République de transmettre des valeurs communes capables de transcender et d'inclure les morales particulières et propres à chaque religion. C'est à l'École de construire une forme d'unité qui permette que les différences d'opinions, notamment religieuses ou politiques, puissent être confrontées sans se nuire, ni nuire à la pérennité de la société. C'est pourquoi il faut que les maîtres d'école reçoivent une formation commune au sein des Écoles Normales (ancêtres des INSPE), afin que leur discours soit unanime sur tout le territoire français. La laïcité comme principe devient également une valeur, car elle permet à chacun de croire ou de ne pas croire, mais aussi de pouvoir ouvrir la discussion sur les croyances. L'école devient le lieu d'enseignement d'une morale laïque, s'inspirant des valeurs communes à toutes les religions. Cette morale se fonde sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui établit des devoirs universels, tels que le respect de la personne humaine indépendamment des différences de religion et d'origine sociale. L'essentiel à retenir est qu'elle se fonde sur ce que les hommes ont en commun : leur humanité.
Cependant, des différences subsistent. En effet, si les valeurs sont communes, l'enseignement ne l'est pas. Le système scolaire est divisé entre le primaire, qui accueille tous les élèves, et le secondaire, qui n'admet que peu d'élèves, essentiellement ceux issus des classes sociales bourgeoises, destinés à poursuivre de longues études et à occuper les places les plus hautes dans la société. Ainsi, bien que le système se soit massifié grâce à l'obligation scolaire, il n'est pas encore démocratisé, puisqu'il s'organise autour d'une école à deux vitesses. Peu d'élèves obtiennent des bourses au mérite pour entrer dans le secondaire et bénéficier de l'ascenseur social. Or, dès la sortie de la Première Guerre mondiale, des voix s'élèvent contre ce système, notamment chez les Compagnons de l'Université Nouvelle. En effet, bien que les valeurs de la France aient été défendues dans les tranchées, ces dernières ont mis les plus riches comme les plus pauvres à égalité face à une mort atroce. Ces intellectuels prônent donc une unification totale du système scolaire, de façon que tous puissent accéder aux mêmes places. Ce projet ne sera pas immédiatement pris en compte, mais une réforme telle que la Réforme Berthoin de 1959 prolongera la scolarité jusqu'à 16 ans. Cela démontre une volonté de repousser l'âge de la mise au travail des enfants et d'augmenter le niveau global de connaissances de la population. Cette réforme répond également à une demande de main-d'œuvre plus qualifiée, puisque la durée des études accroît le degré de qualification. C'est en 1975, avec la réforme Haby, que la démocratisation s'amorce concrètement, grâce à la création du collège unique. Chaque élève suivra les mêmes enseignements, quel que soit son milieu social d'origine. C'est une avancée pédagogique mais aussi politique. Les enseignants vont devoir adapter leur pédagogie à un public d'élèves divers et parvenir à former l'unité d'une classe d'âge à la fois scientifiquement et moralement. L'apprentissage de la citoyenneté passe donc par cette unification, car chaque citoyen aura reçu les mêmes contenus, qui lui permettront de mettre en œuvre les valeurs et principes acquis, une fois sorti des bancs de l'école.
Dès 1983, il ne s'agit plus seulement du collège mais du lycée : Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l'Éducation nationale, fixe comme objectif à l'École 85 % de réussite au baccalauréat. Cet objectif s'aligne avec la mise en œuvre de la politique d'égalité des chances, illustrée notamment par la création en 1981 des zones d'éducation prioritaire. Cette politique de discrimination positive, fondée sur des critères sociaux, à la différence de celle des États-Unis, qui repose sur des critères raciaux, vise à compenser les inégalités sociales de base. Elle permet aux élèves d'accéder, au sein de l'école, à un bien culturel et scolaire que les autres élèves acquièrent au sein de leur famille. Des travaux comme ceux de Bourdieu dans La Reproduction (1970) critiquent le système scolaire tel qu'il est, l'accusant de transmettre une culture d'élite compréhensible uniquement par les enfants ayant un capital culturel élevé. Or, le but de l'éducation prioritaire est de compenser cet écart de capital afin de permettre à tous d'occuper concrètement les mêmes places au sein de la société. Ce qui était encore un principe virtuel dans le Déclaration des droits de l'homme et du citoyen tend à devenir concret dans la politique d'égalité des chances. Le fait que chacun puisse, selon ses compétences, occuper les places sociales les plus élevées, fait partie de l'objectif compensatoire des zones d'éducation prioritaire, qui vise à permettre à tous les citoyens de développer pleinement leurs capacités au service du fonctionnement global de la société. Le partage de valeurs et de connaissances est alors une condition sine qua non de l'exercice de la citoyenneté. Ainsi, les méthodes pédagogiques deviendront innovantes pour permettre à tous les élèves d'acquérir les mêmes compétences.
Transition : Ainsi, les enjeux de l'éducation à la citoyenneté sont intrinsèquement liés au développement de l'école républicaine. L'idée d'éduquer le peuple est intimement liée à celle d'exercer sa citoyenneté. L'homme vit toujours en compagnie des autres et dans les démocraties modernes, c'est à l'École d'organiser harmonieusement les rapports entre les membres de la communauté éducative, afin que les élèves se préparent à l'exercice de leur citoyenneté future. L'École se conforme à un modèle politique qui est celui de la république et de la démocratie, dans la mesure où elle prend en charge la transmission de valeurs communes. En dehors des cours d'éducation civique, les valeurs se transmettent aussi par la posture que les personnels éducatif et pédagogique adoptent au sein des établissements scolaires. La justice et l'équité, par exemple, sont des valeurs qui dépassent l'enseignement théorique : elles participent d'une attitude bienveillante et rigoureuse envers les élèves. Dans une seconde partie, nous étudierons les obstacles que rencontre l'École dans sa mission de transmission d'une citoyenneté éclairée.
II. Les obstacles à un travail collectif et concerté autour de la citoyenneté
Comme nous l'avons vu, éveiller à la citoyenneté nécessite un rapport collectif à la chose publique, c'est-à-dire à l'espace commun qui permet à tous de vivre ensemble en partageant des valeurs et des connaissances définies comme étant le fondement de la vie collective. Cependant, cet objectif a été contesté dès ses débuts. Dominique Schnapper, dans La Communauté des citoyens (1994), explique la lutte âpre qu'ont dû mener les enseignants dès les débuts de l'École républicaine. Les « hussards noirs » de la République ont dû imposer l'école publique, gratuite et obligatoire dans les villes et les villages, en rencontrant une forte résistance de la population, notamment sur des questions morales, qui étaient jusqu'alors strictement réservées à l'Église. On craignait que les enseignants corrompent les élèves en leur inculquant de nouvelles valeurs. Devenir citoyen grâce à l'École n'avait donc rien d'une évidence, et ses objectifs de libération de la pensée ont mis du temps à être compris par tous.
Cependant, ce ne sont pas les seuls obstacles que rencontre l'École républicaine. En effet, depuis le début du xxe siècle — et cela n'est pas étranger aux volontés politiques d'asseoir tous les élèves sur les mêmes bancs —, la pédagogie et le souci de l'enfant au sein des familles sont venus déstabiliser les objectifs premiers de l'École. Comme le montre Antoine Prost dans Éducation, société et politiques (1992), l'évolution de la place de l'enfant au sein des familles a remis en cause l'autorité de l'École pour transmettre des valeurs communes, qui peuvent entrer en conflit avec les valeurs familiales. La légalisation de la contraception en 1967 par la loi Neuwirth a permis aux femmes de choisir d'avoir des enfants ou non, ce qui a modifié l'attachement à l'enfant au sein des familles. En choisissant de construire une famille, on crée une sphère privée où l'on établit ses propres règles, où l'on adhère à ses propres valeurs. Or, ces dernières entrent parfois en conflit avec celles de l'École. La question se porte alors sur celle de l'autorité. On se demande si l'École a autorité pour transmettre, et si ce qu'elle transmet mérite d'y adhérer. Si bien que c'est aussi l'exercice de la citoyenneté qui est remis en cause, puisqu'il existe des valeurs concurrentes.
Politiquement, cette remise en cause est qualifiée d'individualisme démocratique. Et il s'oppose à l'universalisme républicain, sur lequel notre vision de la citoyenneté est fondée. L'universalisme républicain repose sur la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, qui se veut le socle universel et incommensurable de la République française. Ce qui compte avant tout, c'est l'appartenance à une communauté politique et le respect d'un certain nombre de devoirs qui lui sont dus. À l'École, il s'agit donc alors de gommer les particularités pour accéder à une citoyenneté universelle. C'est donc la vie politique, publique, qui compte au-delà de tous les individus. Mais comme l'explique Tocqueville dans De la Démocratie en Amérique (1840), tome 2, une passion pour l'égalité s'empare des peuples démocratiques. Si bien que ce qui apparaît dans la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen sous cette forme universelle « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » se meut en un désir individuel d'égalité réelle. Ce qu'affirme notre Déclaration, c'est une égalité formelle, « en droits », mais elle n'affirme pas que les hommes sont égaux de manière réelle. Chacun dispose de ses propres compétences et la société garantit qu'il pourra les développer pleinement à condition qu'il respecte ses droits. Or, ce que comprend l'individu démocratique, ce n'est pas une adhésion à des principes universels, mais au contraire une protection individuelle des particularités. On ne vit la politique que pour ce qu'elle nous apporte individuellement en oubliant sa dimension collective. Le taux d'abstention aux élections nationales est un indicateur de ce fait. On n'exerce sa citoyenneté que lorsque cela arrange nos affaires privées. La participation à l'espace politique public se réduit donc à n'user des libertés accordées par la citoyenneté que ce qui protège l'individu des autres.
Le rôle de la communauté éducative est alors de redonner un sens à l'engagement des élèves dans leurs apprentissages et dans l'acquisition de valeurs communes, pour qu'ils puissent faire société une fois devenus des adultes responsables. C'est pourquoi l'une des missions nouvelles de l'École depuis 2013 n'est plus tant de lutter contre les particularismes, comme sous les lois Ferry, mais de lutter contre le communautarisme, comme l'explique le recueil de textes L'école face à l'obscurantisme religieux (2006). Il s'agit d'apprendre aux élèves à faire communauté tout en luttant contre le communautarisme. Le travail collectif des enseignants et des éducateurs autour des valeurs de la République devient un enjeu crucial de lutte contre le repli sur soi. Le communautarisme, à l'opposé de l'universalisme, est l'exemple le plus probant de l'individualisme démocratique. Il n'est ainsi plus question de créer une communauté nationale, mais de détruire cette dernière, par la multiplication de communautés individuelles dont les valeurs entrent en conflit avec celles de l'École et de la démocratie. C'est à travers le travail collectif et interdisciplinaire que l'on peut user de pédagogies innovantes pour faire accéder les élèves à l'universel. Il s'agit de la vision que notre société veut transmettre d'une vérité morale qui consiste à considérer chaque être humain, malgré et grâce à son individualité. Cependant, ce défi est souvent mis à mal par les valeurs que la société véhicule, telles que l'exaltation de soi. L'École se maintient donc en adoptant de nouvelles lois et de nouvelles méthodes d'enseignement et de transmission.
Transition : Nous avons vu dans cette partie que le monde moderne s'est construit autour du rôle majeur que joue l'École dans l'intégration à la nation de tous les élèves pour leur permettre d'exercer pleinement leur citoyenneté. Pour autant, les évolutions sociales liées à l'essor de l'esprit démocratique entachent l'espoir de faire communauté et de mettre en œuvre une réelle égalité des chances, puisque la société a tendance à prôner « le chacun pour soi ». L'enjeu politique pour les communautés éducatives est donc de montrer aux élèves que les valeurs individuelles, pour exister pleinement et ne pas nuire à la liberté, l'égalité et la fraternité, sont soumises à des valeurs plus universelles, que l'on acquiert et comprend au sein de l'École.
III. La citoyenneté à l'école aujourd'hui
Depuis 1998, les réformes en faveur de l'égalité des chances se sont succédé, avec l'espoir de consolider le ciment qui unit les membres de notre communauté politique et sociale, grâce à la transmission des mêmes connaissances et compétences pour tous. Pourtant, lors des attentats de 2015, l'École s'est vue mise en cause dans son incapacité à transmettre les valeurs de la République, et elle a dû s'inscrire dans un processus de réaffirmation de ces dernières.
Dès 2010, le socle commun de connaissances et de compétences (puis de culture en 2013) pose un cadre commun à toutes les disciplines qui sont en mesure de faire acquérir ce socle. Les enseignants doivent effectuer un travail transversal en concertation pour amener les élèves à comprendre les liens et les implications des disciplines entre elles. Ce travail de concertation a lieu également avec les autres membres de la communauté éducative, notamment les CPE, qui occupent une place privilégiée dans la transmission de la morale laïque, notamment au travers des postures bienveillantes qu'ils adoptent. Le travail de collaboration avec les enseignants au sein des conseils de classe permet au CPE d'identifier les élèves qui auraient besoin d'un soutien particulier dans leur scolarité pour pouvoir atteindre le plein développement de leurs capacités. Le travail au sein de la classe est indissociable du suivi global de l'élève : cela fait partie des missions du CPE énoncées dans la circulaire du 10 août 2015. Le suivi pédagogique doit être associé à un suivi éducatif, afin de garantir la meilleure insertion socioprofessionnelle possible aux futurs citoyens. L'individualisation des parcours vise à donner une nouvelle dimension à l'apprentissage de la citoyenneté en ouvrant l'accès à l'universel sous le prisme de la prise en compte de l'individu.
La mise en place des parcours, plus particulièrement le parcours citoyen, permet aux élèves de voir leur scolarité jalonnée d'actions et de propositions pour s'engager au sein de leur établissement auprès des autres élèves et des différents adultes. Les élèves se font également les médiateurs entre l'école et leur famille. Comme l'explique Philippe Perrenoud dans Métier d'élève et sens du travail scolaire (1994), l'élève est porteur de différents curricula. Le curriculum réel est ce que l'élève retient de ce qui lui est transmis à l'école et lui permet de dialoguer avec sa famille. C'est grâce à lui que l'élève se fait porteur d'un message universaliste et peut mettre en cohérence les valeurs familiales et les valeurs de l'École.
Cette forme de transparence entre l'école et la famille est un des facteurs d'amélioration du climat scolaire. Cette préoccupation majeure est en effet l'œuvre de tous. En étant claire sur ses attentes et ses objectifs, l'école permet aux parents de mieux comprendre son fonctionnement et le rôle de ses personnels dans la réussite des élèves. Ce besoin de transparence se reflète dans les aménagements successifs des procédures disciplinaires depuis 2000 : pour plus de clarté, lorsqu'un élève enfreint les règles de vie scolaire, sa famille est reçue et bénéficie du contradictoire. L'alignement du fonctionnement des procédures disciplinaires sur celui des procédures pénales permet de montrer aux élèves et à leurs familles le lien entre l'organisation de l'école et celle de la société en général. Nul n'est censé ignorer la loi, et l'école est un des lieux privilégiés où les élèves en apprennent la lettre, en éducation civique, et l'esprit, à travers l'ensemble des relations qu'ils entretiennent avec les différents membres de la communauté éducative selon leurs besoins spécifiques.
L'amélioration du climat scolaire est donc un facteur important de bien-être à l'école, qui donne aux élèves une vision favorable de son rôle. En s'engageant par exemple dans la fonction de délégué de classe ou encore au conseil de la vie lycéenne, les élèves deviennent acteurs de leurs conditions de vie et constituent une force de proposition auprès des adultes. Toutefois, l'engagement citoyen n'est pas réservé aux délégués. Chaque élève est en droit de proposer des actions citoyennes, telles que les collectes de dons aux associations qui viennent en aide aux plus démunis. Ce type d'action est le plus souvent pris en charge et accompagné par les CPE, qui se placent au carrefour des relations entre les différents membres de la communauté éducative et disposent d'un réseau de partenaires qualifiés pour travailler avec les élèves.
Enfin, pour un travail collectif et concerté, soulignons l'importance de la coéducation dans l'éveil à la citoyenneté des élèves. Ouvrir des espaces de discussion et de rencontre avec les parents de manière formelle ou informelle fait partie intégrante du rôle de l'École. En connaissant les préoccupations de chacun, l'inquiétude des parents et les objectifs des enseignants, tous pourront dialoguer sur la meilleure démarche à adopter pour les élèves. L'égalité des chances dépend de l'adhésion des membres de la société à cet objectif. La communauté éducative doit ainsi travailler à l'explicitation des missions de l'École, qui vise non seulement l'insertion socioprofessionnelle, mais aussi l'épanouissement des élèves. La Déclaration des droits de l'homme et du citoyen garantit à chacun de pouvoir exercer ses droits en tant que citoyen et d'être respecté en tant que membre de l'humanité. Le principe de laïcité, qui doit être explicité et appliqué par toute la communauté éducative, est le pont entre citoyenneté et humanité. En effet, si la liberté de conscience est un droit, elle garantit également pour chacun le pouvoir de développer une pensée autonome, qui ne nuit pas à celle de ses congénères. Être citoyen, c'est donc être capable de faire des choix et être responsable de soi et des autres. La vie collective à l'école est donc organisée autour de l'apprentissage de cette capacité de choix.
Conclusion
En conclusion, il semble bien difficile d'imaginer une éducation citoyenne sans action concertée. La mission citoyenne de l'École, réaffirmée depuis près de trente ans à travers diverses lois et circulaires, montre cependant que cet objectif n'est pas une évidence pour tous. C'est toute la communauté éducative, au travers des apprentissages mais aussi de sa posture bienveillante, qui doit transmettre l'esprit citoyen et démocratique aux élèves. Apprendre ses droits et devoirs est essentiel, mais il faut pouvoir les exercer dans un climat apaisé. Faire communauté s'apprend, et c'est à l'École de faire vivre cette communauté.
Sujet corrigé réalisé par Elodie Azambourg, Conseillère principale d'éducation à Paris.